Enfance 1

Des difficultés pour circuler

 

En 1945, après le dynamitage du pont de chemin de fer, du pont suspendu de Collonges et de celui de Fontaines, il n'existait plus aucun moyen pour traverser la Saône. Il  était impossible pour les habitants de rejoindre le "Train Bleu" pour descendre à Lyon car ce tramway circulait sur le quai rive gauche de la Saône, depuis Neuville jusqu'au Pont Lafeuillée à Lyon.


Le seul moyen de transport restait le train pour la gare de Vaise ou de Perrache, car bien peu de monde possédait, à l'époque, une automobile. Le train s'arrêtait à la gare de Collonges-Fontaines et aussi à la halte des Grands Violets.

Dans un premier temps il a fallu démanteler les ponts écroulés, et à demi imergés, pour remettre le transport fluvial en action.

 

Photo IGN 1945. On remarque les vestiges des piles des deux ponts, qui n'autorisaient pas encore le trafic sur la Saône.  On distingue la longue bande de plage ombragée de 1500 mètres de long. Elle se situait entre la Saône et la rue de la Plage. Un lieu de rendez-vous des lyonnais 

La traversée de la Saône.

 

Un "bac à traille" avait été assez vite installé pour permettre le passage des habitants d'une rive à l'autre. Ainsi le "Train Bleu" devenait abordable pour aller à Lyon ou Neuville. Le bac était relié à un cable qui traversait la Saône d'une rive à l'autre. C'était une sécurité. Ceci évitait des dérives du bateau par fort débit de la rivière. Lors des périodes d'inondations, le "passeur" venait même embarquer ou débarquer ses passagers vers le restaurant Bocuse, sur la rue de la Plage (voir photo)..


Ce bac fonctionnera jusqu'en 1949. A cette date un nouveau viaduc de chemin de fer sera mis en service. Il remplacera le viaduc Eiffel dynamité par les allemands en septembre 1944. Il comportera sur toute sa longueur une petite passerelle piétonne, en fer, attenante au viaduc.

Pour la traversée de la Saône en véhicules, il faudra encore attendre la construction d'un nouveau pont routier au Sud de celui-ci. 

 

J'ai pris le bac quatre ou cinq fois avec mes parents pour aller chez ma Tatie Renée qui habitait Lyon. C'était impressionnant, car on était très près de l'eau. Parfois, en hiver, il y avait même des glaçons qui descendaient la Saône et heurtaient  le bateau.                                     .

 

Photo : le bac prêt au départ pour la rive gauche de la Saône, devant le restaurant Bocuse.

L'école primaire. (chez les moyens)

Enfin, en 1945 j'avais l'âge de rentrer à l'école primaire. Depuis le temps que j'attendais ce moment important : entrer à la "grande école" !
 

Un nouveau logement

Avant la rentrée d'octobre 1945 nous avions déménagé de 200 mètres depuis la rue de Chavannes à la rue de la Mairie ! C'était une petite maison plus confortable que l'autre avec un balcon. J'avais une petite chambre pour moi, et je ne couchais plus dans un couloir. Papa avait transformé "l'Orangerie" du rez-de-chaussée pour en faire son atelier. Les WC étaient à l'extérieursous l'escalier d'accès au logement, alors qu'avant il fallait aller chez ma grand-mère à 200 mètres pour faire ses besoins dans une cabane au fond du jardin. Moi, j'avais peur d'y aller par temps d'orage car ma grand-mère m'avait raconté qu'une fois, alors qu'elle était dans la cabane, la foudre était tombée sur la serrure  en fer de la porte. Une boule de feu était passée par le trou de la serrure !!

 

La "grande école"  


Le bâtiment de l'école privée de garçons était situé à l'emplacement actuel de l'école bilingue Greenfield, donc très proche de notre nouvelle maison.

 

Un brin d'hitoire locale 

Une loi de 1833 avait demandé à chaque commune d'assurer l'instruction des enfants. Et comme il n'existait qu'une mairie itinérante, Monsieur Bergier  maire de la cmmune à l'époque lança le projet de construction d'une première Mairie-école publique de Collonges. Il avait fait don d'un terrain pour répondre à ce problème. Cette situation géographique perdurera durant 20 ans, jusqu'à la construction de la nouvelle mairie-école, place de l'église en 1868.

 Ce bâtiment sera, par la suite occupé par l'école privée de garçons. ( pas de mixité, les filles allaient au pensionnat Jeanne d'Arc).

J'allais donc passer sept bonnes années de 1945 à1951 dans ce bâtiment historique..

 

Un couple d'instituteurs (Monsieur et Madame Pioton) était arrivé sur la commune. Il avait en charge l'éducation des garçons, du cours préparatoire jusqu'à la classe de fin d'études préparant au Certificat

On travaillait 30 heures par semaine. Les lundi, mardi, mercredi et vendredi on étudiait 3 heures le matin et 3 heures l'après-midi. Mais on avait aussi classe 3 heures le jeudi matin, et aussi 3 heures le samedi matin.

Quand on avait fini les cours du samedi matin, des élèves étaient réquisitionnés à tour de rôle pour faire le ménage hebdomadaire des classes : déplacement des bureaux, humidification des planchers et balayage.

Il ne restait pas beaucup de temps pour s'amuser !

Monsieur et Madame Pioton se partageaient les élèves dans leurs deux classes.

  Monsieur Pioton enseignait aux plus grands. Il devait jongler avec les programmes des différentes sections : CM1, CM2, Supérieur, fin d'études. Chaque groupe de 5 ou 6 élèves  fonctionnait en parallèle : l'oral pour les uns, des devoirs écrits pour les autres ou des récitations à apprendre, ou des dessins de cartes de géographie....

J'aimais bien suivre en même temps le travail des plus grands, et j'écoutais le maître expliquer son cours de vive voix. Ainsi j'apprenais le programme des années suivantes.


Nous avions des compositions écrites et orales chaque mois.

Les matières enseignées n'avaient pas toutes le même poids pour la moyenne et donc le classement qui en découlait.

Notées sur 5 : l'instruction civique, la lecture, la récitation et le calcul mental.

Notées sur 10  : Grammaire-orthographe, rédaction, et le dessin.

Notées sur 20  : Histoire-géographie et le calcul.

J'avais la plupart du temps 20/20 en calcul. Savoir à quelle heure et où se croisaient les trains qui partaient de tel endroit avec des vitesses différentes et bien sûr des arrêts ne me posait pas de difficultés. De même les baignoires qui se vidaient et se remplissaient en même temps !!

Suivant les années nous étions 6, 7,ou 8 élèves dans ma division.

Je finissais presque toujours à la première place dans les compositions mensuelles et parfois à la seconde.

 

Photo  1949. Classe unique de Monsieur Pioton  (enfants de 8 à 13 ans).
Le poêle trône au milieu de la pièce.

 

 

Ecole primaire. (Chez les grands)

Deux divisios de 7 et 8 élèves réunies pour la photo

 

Nous étions donc un groupe de 7 copains qui a traversé ensemble, cette scolarité. Il existait une connivence entre nous, car nous nous retrouvions aussi dans des activités extéreures à l'école : le patronage du jeudi après-midi, les colonies d'été, les concours de gymnastique, les enfants de choeur...

Jeannot, Popaul, Jojo, et moi formions le noyau de l'équipe.

 

Négus

Un jour, un plus grand et plus âgé que nous est arrivé dans notre classe. On l'a surnommé "Négus". Il était très gentil mais un peu incontrolabe.

Il ne travaillait pas soigneusement, et ses pages de devoirs ou d'écriture étaient désastreuses et remplies de "pochons".

C'était dur de bien écrire avec la plume "sergent-major", l'encre violette de nos encriers qui coulait sur la page quand on en mettait trop sur la plume, et surtout le papier rugueux qui bloquait la plume et la transformait en arrosoir de postillons violets.

Négus ne maitrisait pas, et ça le laissait completement impassible. Il n'aimait pas l'école et préférait aller à la pêche, car il habitait en bord de Saône, et il avait un bateau.

Alors un jour le maître énervé lui avait accroché son cahier dans le dos avec les pochons d'encre bien en vue, et l'avait envoyé se promener sur la place du village.

 Un autre jour Négus avait demandé à sortir de classe pour aller au WC. Il existait dans la cour de récréation 3 cabinets à la turque fermés par un portillon en bois. Au bout d'un moment, ne voyant pas revenir Négus, on est allé voir ce qui se passait. On l'a retrouvé un pied coincé dans le trou du WC, et il ne pouvait pas le ressortir. Heureusement le maitre, monsieur Pioton est allé chercher une masse pour casser la faïence, et libérer le pied de Négus. Mais il a eu bien d'autres péripéties à son actif pendant sa scolarité.

 

Monsieur Pioton, un maître dévoué.

 Au début de la dernière année scolaire en octobre 1951, j'avais 12 ans, et monsieur Pioton a voulu rencontrer Papa pour savoir ce qu'il pensait de mon avenir. Est-ce que j'allais continuer le métier de peintre-plâtrier de la famille ? Nous n'avions aucune idée de la suite. Alors monsieur Pioton lui a dit que ce serait dommage d'arrêter comme cela car j'avais des capacités pour continuer les études.

Il lui a proposé de me prendre en main bénévolement pour me monter en niveau mathématique (géométrie et algèbre) pour pouvoir rentrer directement à l'école de la Salle directement en classe de 4ème.

C'est ainsi que durant cette dernière année de scolarité à Collonges, plusieurs jours par semaine, soit à la pause de midi, soit le soir, avec ses cours particuliers il a fait monter mon niveau de mathématiques jusqu'à la résolution des équations du 2ème degré  à 2 inconnues.

Je lui ai toujours voué une énorme reconnaissance pour m'avoir gentiment poussé vers les classes secondaires.