La Résistance à Collonges

La maison "Les Cèdres" à Collonges

 

 

La famille Martin-Chauffier est décrite dans le menu, onglet : "la guerre de 1939 à 1945". 

Elle est arrivée aux "Cèdres", dans le quartier de Trèves-Pâques, en mai 1941.

C'était une solide bâtisse comportant trois appartements. Le leur, en location, était composé de huit pièces. M. et Mme Déroche occupaient une autre aile de cette grande maison. Lui, était jardinier-gérant de l'ensemble, et Mme Déroche était infirmière sur la commune. Ce sont eux qui ont aidés  les Martin-Chauffier à s'installer. Cette grande famille de 6 membres, était aussi accompagnée de trois jeunes belges qui voulaient passer en Espagne pour rejoindre Londres.

Le jardin, très arboré, et d'une superficie d'un hectare, communiquait avec une entrée secondaire et la petite Tour de la rue de Trèves-Pâques. C'était pratique et discret.


Cette maison est vite devenue un haut-lieu de la Résistance qui servait d'hébergement, de rencontres et de réunions pour de nombreux personnages importants des réseaux de la Résistance en France. Simone Martin-Chauffier  veillait sur tout son monde : famille ou personnes de passage. Elle a aussi tenu un rôle important de contact en rencontrant, à Paris Georges Bidault, ou à Roquebrune dans le Midi André Malraux.


Le romancier et résistant Claude Aveline a fait de nombreux séjours dans cette maison. C'était un peu sa maison, car il était un ami intime des Martin-Chauffier. Avant de descendre sur Lyon, il appartenait à Paris au réseau du Musée de l'Homme. 
Il a dû s'éloigner par sécurité, de Collonges, pour se cacher à Chalamont dans l'Ain, fin 1942, lorsque les allemands ont envahi la zone Sud. Comme il était Juif, il se sentait très menacé.
 

Emmanuel d'Astier de la Vigerie dit "Bernard" était aussi un fidèle de la maison.Il y a fait de nombreux séjours entrecoupés de voyages à Londres. Il était devenu un habitué des lieux.

Dès septembre 1942, la maison a connu une activité importante et croissante. C'était le temps de la fondation de l'Armée Secrète avec le général Delestraint à sa tête.  des Maquis, de contacts de l'ombre avec langage codé.
Louis Joxe est venu plusieurs fois pour établir un contact avec d'Astier de la Vigerie. Pierre Brossolette chef du réseau de la zone Nord est venu chercher ici des contacts dans la zone Sud.

Lucie et Raymond Aubrac y ont séjourné. Ils étaient très amis avec les Martin-Chauffier. 


Avant de partir pour Londres d'Astier attendait avec la famille Martin-Chauffier le message codé à la BBC (brouillée par les allememands) lui indiquant le lieu d'atterrissage de l'avion qui devait l'emmener en Angleterre. Il y faisait de nombreux aller et retour pour rencontrer le Général de Gaulle, et prendre ses ordres.
La famille  était encore à l'écoute attentive pour apprendre le retour d'Astier depuis Londres, par deux beaux vers de Valéry :

Chaque atome de silence
Est la chance d'un fruit mûr  

 

Si les Cèdres étaient un haut-lieu de la Résistance, la Milice de Lyon avait une antenne importante à Collonges, rue du Port. Paul Touvier, chef de la Milice lyonnaise y passait souvent.

A l'époque, on évoquait plus souvent la Milice qui opérait en plein jour, sous le régime de la terreur et de la violence. Mais heureusement, rien ne filtrait de l'activité très discrète des Cèdres.

 

Les deux bâtiments étaient situés à environ 400 mètres l'un de l'autre !

 

 

 

27 novembre 1942 : réunion historique à Collonges.

 

Une réunion historique, (citée dans tous les ouvrages sur la Résistance) s'est, en fait, déroulée aux "Cèdres" à Collonges au Mont d'Or.

Le général de Gaulle avait mandaté Jean Moulin, dit "Rex" ou "Max"dans la clandestinité,  pour unifier tous les mouvements de la Résistance, en commençant par la zone libre où ils étaient les plus actifs et les plus dispersés. Il était important qu'ils reconnaissent l'autorité du Général de Gaulle.
 

Henri Frenay, chef du Mouvement Combat
Emmanuel d'Astier de la Vigerie
, chef de Libération-Sud
Jean-Pierre Levy, chef de Tranc-Tireur

se voulaient plutôt indépendants, surtout vis à vis d'un militaire. Il existait aussi de nombreuses tensions entre les chefs des différents mouvements. Chacun voulait devenir le chef de file. De nombreux contacts, échanges préalables eurent lieu avec Jean Moulin arrivé de Londres pour cette mission.

 

Celui-ci avait dû être très convaincant, car tous les protagonistes se retrouvèrent aux Cèdres cette journée du 27 novembre 1942 pour une réunion  conclusive d'union. Cette réunion fut présidée par Jean Moulin. Son autorité fut acceptée ce jour là, mais ce qui est très important, c'est qu'à travers lui, l'autorité du Général de Gaulle était enfin reconnue par tous les Résistants. Les Mouvements Unis pour la Résistance (MUR) étaient nés ici ce jour là.
C'était très important pour de Gaulle qui pouvait alors se prévaloir auprès des Alliés de disposer d'une force conséquente. Par la suite, des réunions clandestines avec tous les dirigeants des Mouvements se sont déroulées régulièrement un jour par semaine. Les "Cèdres", étaient devenus un Centre de ralliement de la Résistance.

Avec le ralliement naturel de la Zone Nord à la Zone sud le Conseil National de la Résistance pouvait être créé à Paris le 27 mai 1943.

Le Général de Gaulle se trouvait ainsi légitimé, car il représentait dorénavant une force Française importante : la Résistance unie, alors que Roosevelt et Churchill le considéraient, à Londres, comme un homme seul, et peu crédible.

 

C'est pour cette raison que la réunion de Collonges du 27 novembre 1942 peut être considérée comme un événement historique de cette guerre.

 

Jean Moulin fut arrêté par la Gestapo à Caluire, le lundi 21 juin 1943, chez le docteur Dugoujon. Après avoir été torturé, il décédera dans le train qui l'emmenait en Allemagne.
Il était attendu la semaine suivante pour une réunion de synthèse à Collonges. Les Martin-Chauffier ne l'ont jamais revu.


Louis Martin-Chauffier a été arrêté par la Gestapo dans sa maison de Collonges le 8 mai 1944. Ensuite il fut envoyé en camp de concentration d'abord à Neuengamme, puis à Bergen-Belsen. Il sera libéré en 1945 et reprendra ses activités de journaliste.

Simone Martin-Chauffier et le reste de sa famille quitteront Collonges le 2 août 1944.
Hélene sa fille aînée rentrera dans la Résistance.

Simone Martin-Chauffier écrira, plus tard, un livre* de souvenirs, très documenté dont une grande partie se déroule aux Cèdres à Collonges : "A bientôt qund même".

*source de documentation pour ces articles. 

Le chant des partisans

 

Alors que les pionniers de la Résistance se retrouvent à Londres, ils cherchent un indicatif musical pour leur émission de radio "Honneur et Patrie". Ils ont aussi pour ambition de donner un hymne à la Résistance.

Joseph Kessel et son neveu Maurice Druon ont, eux aussi, rejoint les rangs de la Résistance Française à Londres. Ils décident, suite à une rencontre providentielle  avec Anna Marly de prêter leur plume à ce qui deviendra "l'hymne de la Résistance".

Anna Marly est une chanteuse compositrice d'origine russe qui s'est engagée auprès des Forces Françaises Libres. Elle avait inscrit à son répertoire une chanson russe, dont les paroles évoquaient le vol d'un corbeau, et se terminait  par "nous repousserons les forces du mal...."
Après quelques jours d'un travail acharné, les trois amis, aidés de Germaine Sablon qui avait retranscrit la partition, achèvent,  le 30 mai 1943, la version française du Chant des Partisans

Il sera enregistré le lendemain à Londres, puis s'envolera vers sa destinée. Jusqu'au 2 mai 1944 ses premières notes seules ouvrent l'émission de la BBC.

 

Emmanuel d'Astier de la Vigerie rentre en France avec les paroles du chant. Il rencontre Louis Martin-Chauffier dans sa maison de Collonges. Celui-ci les publiera pour la première fois dans ses Cahiers Clandestins. Le texte repris dans des tracts ronéotypés sera alors transmis à des aviateurs britanniques qui parachuteront ces feuillets clandestins sur le sol français.

Ce Chant des Partisans, hymne de la Résistance, s'est alors transmis de bouche à oreille.

 

Le manuscrit, trois feuillets d'un cahier d'écolier, où le chant est rédigé à l'encre bleue est classé monument historique depuis 2006.