Petite enfance (2)

Les tickets de rationnement

Avec l'instauration de la ligne de démarcation le 22 juin 1940, les denrées alimentaires produites en zone Nord occupée ont rapidement commencé à manquer. De plus une grande quantité des produits de base comme blé, sucre, viande,... étaient réquisitionnés par les troupes allemandes en zone occupée.

 

En mai 1941 des "Tickets de Rationnement" ont commencé à être distribués, par la mairie, à toutes les familles de la commune.

Les personnes étaient classées en plusieurs catégories suivant leur âge et la pénibilité de leur travail :
E    enfants de moins de 3 ans
J1   enfants de 3 à 6 ans

J2   enfants de 6 à 12 ans
J3    jeunes de 13 à 21 ans
A     adultes jusqu'à 70 ans
T      adultes effectuant des travaux pénibles
V      personnes de plus de 70 ans.

 

Selon la catégrie, les rations journalières se situaient entre 100 et 350 grammes par jour pour le pain, de 180 grammes par semaine pour la viande, et 500 grammes de sucre par mois. Le lait était réservé aux catégories E, J et V.
En ration journalière ces restrictions représetent en moyenne : 250 grammes de pain, 25 grammes de viande, 17 grammes de sucre, 8 grammes de matières grasses, et 6 grammes de fromage.

A mi février 1941 il y a eu aussi institution de rationnement pour les vêtements, les textiles et les chaussures.
En 1942 la ration journalière de pain tombera à 275 grammes. Ce pain était constitué de farines de maïs, seigle ou orge auxquelles on ajoutait des brisures de riz.

 

 

 

 

Se nourrir

Le 11 novebre 1942, les allemands avaient brutalement envahi la zone libre dans laquelle Collonges se situait. Une garnison de soldats allemands s'était installée dans plusieurs grosses maisons qui avaient été réquisitionées par les envahisseurs.

Les soldats faisaient souvent des manoeuvres dans les rues du village. Maman ne voulait pas que je les regarde par la fenêtre. Mais je les regardais quand même, derrière les rideaux. Ils étaient en uniforme vert-de-gris avec leur casque et leur fusil. Ils se cachaient derrière chaque poteau et avançaient tous en même temps, jusqu'au poteau suivant. C'était pour nous faire peur, parce qu'ils ne tiraient pas avec leurs fusils.

Comme il n'y avait pas grand chose à manger, mon papa avait trouvé un bout de terrain vers la croix de Chavannes. On en avait fait notre jardin. Papa m'avait aussi laissé un petit carré pour moi. On y allait souvent pour voir pousser nos légumes. On avait aussi planté des pommes de terre pour nous changer des rutabagas et surtout des topinambours qui faisaient beaucoup péter.

Nos pommes de terre poussaient bien mais elles avaient été envahies par les doryphores. Mon papa m'avait dit que si on ne s'en débarrassait pas vite on n'aurait pas de pommes de terre à manger. Il m'avait donné une bouteille en verre pour ramasser tous les doryphores et les emprisonner dans la bouteille. C'était pas marrant ! Il fallait les prendre un par un avec les doigts, avant de les enfermer dans la bouteille. Pour les attraper, il fallait aussi retourner toutes les feuilles, parce qu'ils sont malins ces doryphores, ils savent se cacher dessous les feuilles.


Enfin on avait réussi à sauver nos pommes de terre !

 

Photo : au jardin, bien habillé, raie bien faite (très important !), et avec sa petite bêche

Se ravitailler


Dans les années 40, Collonges était une commune très agricole. Les arbres fruitiers étaient nombreux et les fruits abondants.

Un agriculteur habitait pas loin de chez nous. Quand c'était la période des abricots, il nous avait donné la permission d'aller dans son verger et de ramasser ceux qui étaient par terre, et déjà un peu pourris.

Il y avait des pleines branches de jolis abricots, mais papa m'avait défendu d'en ramasser parce que ceux-là étaient gardés pour les vendre.
Alors à table on mangeait les "tombés" après avoir enlevé le pourrI. C'était bon quand même.

Mon papa partait des fois en vélo avec le papa de Jacqueline jusque dans la Saône-et-Loire. Ils disaient : "on va au ravitaillement!". Le papa de Jacqueline connaissait bien des paysans près de la ligne de démarcation. Les papas rentraient,en fin de journée, avec leurs vélos chargés de sacs avec des oeufs, des légumes, de la viande, des poulets et du lapin pour nous.


Un jour, le papa de jacqueline nous a dit qu'on irait au ravitaillement tous ensemble en Saône-et-Loire. On a pris le train, et on est descendu à Paray-le-Monial. Un paysan nous attendait à la sortie de la gare avec son cheval attelé à une charette. Les mamans et les enfants sont montés dans la  charette et les papas ont suivi à pieds. Il y avait bien 10 kilomètres pour arriver au petit village de Poisson (500 habitants). On a passé ici deux belles journées de vacances dans une ferme. Il y avait des vaches et des poules. C'était la première fois que je partais en vacances, et que je voyais des animaux de ferme. Le lendemain, pour le retour en train, tout le monde avait ses sacs de provisions à porter. Avec Jacqueline on s'était bien amusés à la ferme.


C'était bizarre d'aller chercher de la viande à Poisson.

 

Photo : A Poisson, avec Jacqueline. Puits de la ferme 

 

 

 

Les bombardements de 1944

 

En préparation du futur débarquement sur les plages de Normandie, les Forces Alliées avaient pour mission de bombarder des usines stratégiques, et des lignes de transport afin de ralentir la montée d'armées allemandes de renfort, vers le front de Normandie.

Dans l'agglomération lyonnaise les premiers bombardements ont eu lieu sur l'usine SIGMA de Vénissieux. Les bombardiers de nuit s'y prendront à trois fois : 23 mars, 29 mars et 23 mai.


L'usine Berliet fut bombardée de nuit le  2 mai par une flotte de 75 bombardiers anglais. Peu de dégats sur l'usine. Par contre la Cité ouvrière Berliet a été complètement détruite. Heureusement, elle avait été évacuée. 
Le 30 avril 114 forteressesl volantes détruisent complètement l'aéroport de Bron.

 

 

Le 26 mai : bombardement de Lyon

 

Ce jour-là, 230 avions américains devaient bombarder par vagues successives les voies ferrées aboutissant à la gare de Perrache, la gare de triage de Lyon Mouche et la gare de Vaise. Le bombardement a duré une heure de 10 heures à 11 heures du matin.
Les amércains bombardaient de jour à haute altitude pour éviter les tirs de DCA. Ils étaient moins précis que les anglais qui bombardaient de nuit à plus basse altitude.

Les cibles prévues ont été en partie atteintes. Par contre le bilan humain a été très lourd vis à vis des civils : 717 morts et 1129 blessés.

Ce bombardement avait entraîné une forte indignation, même dans les milieux de la Résistance.

 

 

 

 

 

,  

Les alertes et la grand-mère

 

Quand il y avait un bonbardement des Alliés prévu dans Lyon ou la région on était avertis. Quand les bombardements se passaient la nuit, nous à Collonges on le savait aussi, parce qu'il y avait des ballonnets de lumière qui s'allumaient dans le ciel, au-dessus du Mont Cindre. C'était pour indiquer la route aux avions bombardiers Anglais. On savait aussi, que quelque temps après on entendrait le bourdonnement sourd des groupes de forteresses volantes allant vers leurs cibles.

Au début toute la famille dscendait dans la cave sous la maison de ma grand-mère, pour se mettre à l'abri dans le noir. Il fallait aussi descendre ma grand-mère paralysée sur une chaise. C'était pas facile. Les escaliers étaient raides et étroits. J'avais toujours peur qu'on la renverse en la descendant.

 

Un jour mon papa a dit qu'on ne descendrait plus dans la cave parce que c'était trop riqué, les Alliés visaient mal. On pouvait se ramasser une bombe perdue, et se trouver enterrés sous les décombres. Alors mon papa a décidé de rester dehors, et d'aller dans la "Verchère", le grand champ derrière le Café de la Mairie.. C'était aussi plus facile pour tansporter ma grand-mère. On la mettait sur une échelle en bois avec une planche au milieu. Ca servait de brancard, avec une personne qui portait devant et une autre derrière. Quand on y allait de nuit, il y avait une personne qui éclairait le chemin pour qu'on la fasse pas tomber par terre en la promenant.